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Malgré son ancrage dans notre quotidien et notre héritage culturel, l'alcool n'est pas un produit ordinaire. Il serait responsable de plus de 23 000 décès direct et associé à 45 000 morts par an. Mais vous, où en êtes-vous avec l'alcool ? Ecoute Alcool : 0 811 91 30 30
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Whisky du soir, est-ce boire ?

 

Un apéritif entre amis, quelques verres lors d’une réception… Se peut-il que vous soyez alcoolique sans le savoir ? Aucun risque, vous n’êtes pas concerné par ce problème… Le docteur Philippe Batel, chef du service d'alcoologie à l'hôpital Beaujon, nous parle de ceux qui ne veulent pas reconnaître leur dépendance et des solutions pour en sortir.

Peut-on être alcoolique sans le savoir ?

Dr Batel : Non, on ne peut pas ignorer un problème d’alcool. Certaines personnes ne veulent pas le savoir et peuvent occulter le problème... Par contre, il existe des personnes à risque. Il faut savoir que plus de huit personnes sur dix boivent de l’alcool. Parmi elles, 20 % ont des conduites à risques et 10% appartiennent déjà à la catégorie des "consommateurs excessifs". Le consommateur excessif est celui chez qui la prise d’alcool entraîne des ennuis de santé (irritabilité, insomnie, fatigue…), des problèmes psychiques, relationnels ou professionnels. La moitié des consommateurs excessifs sont dépendants, c’est-à-dire qu’ils ne vont pas réussir à arrêter de boire malgré les ennuis qu’ils connaissent. Ce sont eux qui se voilent la face et ne veulent pas faire le lien entre certains de leurs problèmes et l’abus de boisson.

Existe-t-il un alcoolisme mondain, c’est-à-dire des personnes de classes sociales élevées qui vont devenir dépendantes à l’alcool à cause de fêtes ou de cocktails trop fréquents ?

Dr Batel : Les facteurs sociaux ne créent pas des catégories dans l’alcoolisme. Il n’existe pas de différence entre la personne qui boit ses cinq whiskys lors de cocktails et celle qui boit une bouteille dans son HLM. Cette terminologie d'alcoolisme mondain n'est qu'une des multiples tentatives de rationalisation des personnes déjà dépendantes à l'alcool. La culpabilité les pousse à se raconter des histoires. Ce phénomène est humain. Par exemple, j’ai déjà eu des patients qui m’expliquaient qu’ils avaient commencé à boire après leur divorce pour affronter la situation. Au fil de la conversion, ils finissaient par avouer que ce problème d’alcool datait d’avant la séparation et était l’un des responsables de leur divorce. La plupart des personnes reconstruisent l'histoire et cherchent des prétextes pour justifier leurs actes.

Comment faire comprendre à quelqu’un qu’il a un problème d’alcool ?

Dr Batel : Il faut réaliser tout un travail motivationnel, afin de faire prendre conscience aux gens de leur consommation excessive. Dans tous les cas, il faut éviter de culpabiliser la personne. Cette première étape peut se faire avec l’aide de l’entourage ou d’un médecin. Dans ce dernier cas, il s’agit d’entretiens motivationnels hebdomadaires. Le médecin se retrouve seul avec le patient et essaie de jouer cartes sur table. Certaines personnes sont réfractaires et ne veulent pas reconnaître leur problème. Dans tous les cas, ces entretiens sont bénéfiques. Il y a toujours une progression, même si elle est graduelle. Lorsque la personne prend conscience de son état de dépendance, on peut élaborer un projet de soins. Il n’existe pas de cas désespéré : on peut toujours se sortir de l’alcoolisme.

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