Rappelant que 45 000 décès par an sont liés à l'alcool de même qu'un tiers des accidents mortels de la route, le quotidien considère que «produire et vendre de l'alcool n'est donc pas un métier comme les autres» car «les impératifs de santé publique s'opposent quotidiennement aux enjeux économiques».
Le journal qui évoque les politiques de développement économique des alcooliers, souligne que leur réussite «tient aussi à un lobby très actif» sachant que «pour gagner de l'argent il faut inciter les consommateurs à boire toujours plus», et de mentionner les stratégies mises en œuvre à cet effet par Pernod Ricard telle que décrites par un ancien commercial dans son livre «Dealer légal». D'après le quotidien, «avec 13 milliards d'euros de CA par an le lobby des alcooliers est puissant» et la législation a été vite «assouplie» après le vote de la loi Evin, notamment avec l'amendement «buvette» de 1999 rétablissant la vente d'alcool dans les stades ou encore la «dernière estocade» de 2004 autorisant la publicité à faire référence aux caractéristiques qualitatives d'un produit. Claude Got, spécialiste des questions de santé publique, analyse «C'est le fond du problème. Autant le tabac est nocif et doit être prohibé, autant personne n'a envie de se débarrasser totalement de l'alcool car la plupart des consommateurs n'en abusent pas et sont des consommateurs heureux ». Quant aux alcooliers il affirment pour leur part inciter leurs clients à boire «modérément».
Assurant que si tous les consommateurs buvaient modérément, "l'industrie de l'alcool se noierait" , le quotidien précise qu'en outre selon Claude Got «il est impossible de n'avoir que des consommateurs modérés, sans la contrepartie dramatique des consommateurs excessifs». Et France soir de conclure sur la recommandation des médecins qui prônent «une réduction de la consommation moyenne d'alcool et un véritable respect de la loi».
En encadré le journal affirme que «l'alcoolisme commence avec la dépendance». Pour Yves Bitrin, psychanalyste, il est impossible de définir une dose minimale à partir de laquelle un individu devient alcoolique, mais dit -il, «quand quelqu'un se sert un whisky tous les soirs pour décompresser (…) une dépendance s'installe (…) et dès qu'un problème va ressurgir à n'importe quel moment de la journée, boire apparaîtra comme une solution. Le Dr Craplet de l'ANPAA estime pour sa part que le danger provient dès que le consommateur attend quelque chose de l'alcool et il souligne « ceux qui l'utilisent comme un médicament, pour se défoncer, pour se désinhiber, pour lutter contre l'anxiété ou pour s'endormir sont déjà dépendants».
En deuxième page un papier sur «les jeunes (qui) tombent dans l'abus» puisque selon les études de l'ANPAA «plus de 20% des jeunes consommeraient aujourd'hui trop d'alcool». Yves Bitrin parle de «recrudescence liée à un véritable mal être» car «les jeunes ont de moins en moins la possibilité d'évoquer leurs problèmes» donc «pour faire face au manque d'écoute et d'attention (…) ils se retrouvent entre eux. Et pour se désinhiber et parler à leurs copains se jettent sur l'alcool» et il ajoute «Ils s'accoutument à l'alcool, et petit à petit tombent dans la marginalisation, s'excluant ainsi du lien social qu'ils recherchaient tant». Pour le Dr Craplet «les producteurs d'alcool poussent le bouchon trop loin. Ils ciblent cette catégorie de la population plus sensible, plus fragile et donc plus facilement accessible en leur proposant des nouvelles boissons alcoolisées très sucrées ou en sponsorisant des soirées de grandes écoles ou universités». Le journal qui précise que face à cette tendance «le gouvernement multiplie les campagnes de prévention», juge toutefois que «les habitudes sont désormais bien ancrées».
A noter une interview de Franck Daniel, ancien représentant chez Ricard et auteur de «Dealer légal» qui dit «En onze ans de carrière, je n'ai jamais vraiment dessaoulé». D'après le journal, il explique dans son livre que lors des tournées dans les bars «le commercial paie de sa personne et boit de 15 à 30 verres par jour» et il raconte aussi comment jusqu'en 2000 les commerciaux de Ricard ont œuvré pour rajeunir la clientèle, s'installant notamment dès 16H30 dans les bars proches des lycées et collèges avec un karaoké, mais démarchant aussi dans les clubs de foot, les concerts, les fêtes étudiantes, les discothèques en offrant des verres aux jeunes.
Le quotidien qui note qu'aujourd'hui « les alcooliers tentent de se racheter une bonne conduite», précise que Pernod Ricard signale avoir distribué 300 000 éthylotest à la sortie des discothèques en 2004. Indiquant que Franck Daniel est tombé malade et que les médecins lui ont dit «c'est l'alcool ou la vie», le journal rapporte que ses employeurs l'ont alors licencié «sans un merci» refusant de reconnaître son alcoolisme comme une maladie professionnelle. Désormais, affirme France soir, «le groupe demande (...) par contrat à ses commerciaux de rester sobre».
Sous le titre «Orgies d'alcool» L'EXPRESS indique que «sur bien des campus prestigieux, les beuveries tiennent lieu de rituel d'intégration». L'hebdo qui revient sur le décès d'un élève de Centrale après une soirée étudiante, estime que ce «drame ne doit pas cacher une réalité quotidienne banalisée et tout aussi dérangeante» car «les fêtes étudiantes notamment celles des grandes écoles sont de plus en plus souvent le prétexte à des orgies d'alcool» notamment lors des week-end dits «d'intégration». Ainsi Julien qui fait son entrée à Sup de co Paris «n'en est pas revenu» quand on lui a présenté «les films des soirées des années précédentes avec des types ivres morts et des filles qui vomissent partout». Selon lui «le message est clair; pour être cool, il faut être bourré».
D'après le magazine, après un mois d'école «il est incollable sur les soirées open bar» ou «l'on boit tout ce qu'on veut ou tout ce qu'on peut». Marie, dont la fille a intégré «une école de management huppée de l'est de la France», assure que dans cette école lors des soirées d'intégrations de l'année précédente «un escadron de CRS avait du intervenir pour dégriser à coups de matraques les étudiants qui cassaient tout dans les autocars et agressaient des jeunes filles».
Le journal indique qu'Alain Jeneveau, qui a coordonné la première étude sur «les conduites à risques en milieu étudiant», prône la fin des partenariats avec les marques d'alcool et se félicite que certains établissements aient décrété la tolérance «zéro alcool» sur leur campus. Toutefois pour lui «ce n'est pas gagné» sachant que «récemment les étudiants d'une des plus grandes écoles du pays ont menacé de manifester (…) pour défendre la liberté de boire comme ils l'entendent». «Qui a dit que la jeunesse n'avait plus de grande cause?» interroge le journal. Source: MILDT, Paris
