L'alcool en chiffres
La consommation d'alcool en France et en Europe est un phénomène culturel mais aussi un problème majeur de santé publique. Consommé de façon régulière et à haute dose, l'alcool tue plus de 45 000 personnes par an dans l'hexagone.
Synonyme de convivialité, ingrédient incontournable d'un repas entre amis, l'alcool est, pour certains, devenu une habitude alimentaire. Pour d'autres, il est souvent utilisé comme anxiolytique et antidépresseur. Alors art de vivre ou véritable drogue ? Ne nous y trompons pas : l'alcoolisme est la seconde cause de mortalité évitable en France.
Etat des lieux sur la consommation d'alcool
On estime à 5 millions le nombre de personnes ayant des difficultés médicales, psychologiques et sociales liées à leur consommation d'alcool. En France, on consomme en moyenne 15,6 litres d'alcool pur par an et par personne, soit l'équivalent d'environ 173 bouteilles de vin. Les chiffres du Baromètre santé 20001 permettent de dresser un état des lieux de la consommation d'alcool en France :
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Hommes |
Femmes |
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25,1 % des hommes de 12 à 75 ans déclarent consommer une boisson alcoolisée tous les jours de l'année, pour les 65-75 ans on atteint 65,8 % ;
Les buveurs de plus de 15 ans ont consommé en moyenne 3 verres d'alcool la veille de l'interview ;
Les 20-25 ans déclarent la plus forte consommation durant le week-end, avec un pic le samedi (5,1 verres) ;
Un buveur sur quatre aurait connu au moins un état d'ivresse au cours des douze derniers mois ;
13,3 % de la population masculine (tous âges confondus), auraient ou auraient eu un risque de dépendance vis-à-vis de l'alcool.
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9,4 % des femmes de 12 à 75 ans ont répondu boire de l'alcool tous les jours, pour les 65-75 ans on atteint 33,1 % ;
Le nombre de verres est plus élevé parmi les très jeunes consommatrices : en moyenne 2,4 verres pour les 15-19 ans et 2,0 verres chez les 20-25 ans ;
La consommation du week-end est également plus importante parmi les plus jeunes filles ;
28,5 % des consommatrices âgées de 15 à 19 ans ont déclaré avoir connu un état d'ivresse au cours des douze derniers mois ;
4,1 % des femmes (tous âges confondus) auraient ou auraient connu, un risque de dépendance, soit environ trois fois moins que les hommes.
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Source : Baromètre santé 2000 © INPES
Outre les disparités hommes-femmes, la consommation d'alcool est socialement différenciée surtout chez les hommes. Plus faible chez les cadres supérieurs et les professions intermédiaires, elle est élevée chez les employés et les artisans. De nombreuses disparités géographiques en terme de mortalité associée sont particulièrement fortes avec des régions particulièrement touchées : Bretagne, Nord-Pas-de-Calais, Picardie et Lorraine.
45 000 décès par an
En France, 23 000 décès sont directement imputables à l'alcool par an dont 18 388 chez les hommes et 4 722 chez les femmes2. On compte ainsi chaque année :
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11 706 décès par cancers (dont 5 003 cancers des lèvres, de la cavité buccale ou du pharynx, 4 432 cancers de l'oesophage et 2 271 cancers du larynx) ;
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8 863 par cirrhoses ;
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2 541 par alcoolo-dépendance.
Outre les décès qui lui sont directement attribuables, l'alcool agit comme "facteur associé" dans de nombreuses autres maladies. Globalement, on estime ainsi à 45 000 le nombre de morts, directement ou indirectement imputables à l'alcool3.
Nombre de décès attribuables à l'alcool, par sexe pour les principales maladies liées à l'alcool en 1995
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Cancers |
Troubles mentaux |
Cardio- vasculaire |
Respiratoire |
Digestive |
Accidents et empoisonnements |
Mal spécifié |
Total |
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Hommes |
14 000 |
2 000 |
7 000 |
1 000 |
6 000 |
6 000 |
2 000 |
38 000 |
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Femmes |
2 000 |
500 |
600 |
100 |
2 200 |
1 100 |
500 |
7 000 |
Source : C.Hill, Alcool et risque de cancer, Actualité et dossier en santé publique 30, La documentation française, mars 2000
A tous les âges, la mortalité masculine liée à l'alcool est 2 à 5 fois supérieure à la mortalité féminine. En moyenne, la consommation excessive d'alcool est à l'origine d'un décès sur 7 chez les hommes, contre 1 sur 33 chez les femmes.
Le coût de l'alcoolisme
Evaluer le coût de l'alcoolisme est très difficile car il faut prendre en compte le coût direct mais aussi le coût économique et le coût social. Selon les statistiques de 1999 publiées par l'association Nationale de Prévention de l'Alcoolisme4 :
- Le traitement d l'alcoolisme et des pathologies qui lui sont associées entraîne un coût direct de 10 milliards d'euros, soit environ 10 % du total des dépenses de consommation médicale5 ;
- Le coût du dispositif spécialisé (CCAA et centres de cure et de post-cure) s'élève à 76 millions d'euros5 ;
- Le coût de l'hospitalisation pour alcoolisme est estimé à 1 milliard d'euros en 1992 et, après réévaluation, à 1,2 milliard d'euros pour l'année 19956.
Outre le naufrage personnel, familial et professionnel du consommateur, la sécurité peut en effet être mise en danger. Les alcooliques actifs peuvent repr
ésenter jusqu'à 15 % des effectifs d'une entreprise ! Ainsi en décembre 2001, les autorités sanitaires avaient lancé une campagne de sensibilisation sur "Alcool et Travail. Prévention des risques liés à l'alcool en milieu professionnel". L'alcoolisme est un sujet trop souvent tabou en France. Briser les non-dits favoriserait une prise de conscience et des changements d'attitude.
David Bême
1 - Baromètre Santé 2000 2 - Expertise collective Inserm 2001, données 1998 3 - Catherine Hill, Institut Gustave Roussy 4 - Statistiques 1999, Association Nationale de Prévention de l'Alcoolisme 5 - Presse Med. 1999 Oct 9;28(30):1653-60. 6 - enquête CREDES, 1997 |